De Saint Rémy de Provence à Mondragon, en passant par Aix et Lyon
 
AccueilCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 LYON - le condamné jovial

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Led
Admin
avatar

Messages : 333
Date d'inscription : 01/11/2011

MessageSujet: LYON - le condamné jovial   Mar 18 Nov - 20:15

Le condamné jovial

Il y a trois cents ans, l'emplacement actuel du marché de la Croix-Rousse n'était qu'un vaste champ où venaient paître chèvres et moutons ; parfois, cependant, le décor changeait : les gens de justice y venaient planter une potence, afin de régler proprement les vieux arriérés de quelque tirelaine non repenti ou interrompre les exploits d'un coupe-bourse trop effronté.
C'est ce qui arriva certain matin de mai, au commencement du XVIIIe siècle.
Une populace friande de ce spectacle, après avoir escaladé les pentes de la colline, s'était assise sur le gazon, faisant ripaille autour du gibet.
Puis apparut la charrette des hautes-oeuvres attelée d'un grand mulet noir amenant le condamné, un certain Jehan Grospiron, garçon jovial assis entre le bourreau et la bourrelle, celle-ci fort occupée à savonner la cravate de chanvre dont allait bientôt s'orner le col du mauvais bougre.
Il faut bien dire que Jehan Grospiron avait entassé méfaits sur méfaits et malgré qu'on lui eût administré la petie et la grande question, les juges n'avaient pu réussir à lui arracher un aveu.
A la barbe de ses geôliers, il chantait toute la journée, et quand on lui demandait :
- Grospiron, c'est bien toi qui as assassiné le cabaretier de la rue Mercière ? il répondait :
- Turlu... tutu... turlurette et lon lon là !...
- Grospiron, avoue que tu as volé un calice d'agent à l'église d'Ainay.
- Couci... couça... larirette et larira !
Les six pintes d'eau qu'on lui entonna dans la gorge, il les recracha en souriant, et le brodequin le fit à peine pâlir.
Puis il chanta des refrains si cocasses, il tint des propos si drôles, que ses bourreaux s'avouèrent impuissants à le confesser.
Finalement, on lui fit faire le pélerinage de la Croix-Rousse où déjà les pénitents noirs, qui l'avaient précédé d'une bonne heure, chantaient, en basse profonde, leurs psaumes accoutumés.
- Voilà, déclara Grospiron en descendant de la voiture, des rigodons à porter le diable en terre. Gens de la cagoule, silence s'il vous plait ! Puis-je parler au prévôt ?
Ce dernier s'approcha.
- N'est-il pas vrai, mon fils, lui demanda le condamné, qu'il est coutume de ne rien refuser à ceux qui vont mourir ?
Se méfiant de quelque nouvelle fantaisie du mauvais garnement, le prévôt ne se hâtait pas de répondre, quand des centaines de voix crièrent :
- Oui, oui ! C'est la coutume !
- D'autant plus que ce que je désire n'est pas compliqué.
- S'il ne s'agit pas de t'apporter la lune, ou d'un voyage à la Chine, dit enfin le prévôt, on pourra te satisfaire...
- Le plus beau des voyages, messire, n'est-ce pas celui que je vais accomplir tout à l'heure ?... A moins que la corde ne casse !
- C'est ça, mécréant, grommela la bourrelle, tu vas encore nous porter malchance !
- Voici, reprit Grospiron, mon dernier désir : toute ma vie, j'ai chanté ; honte à moi si j'allais pleurer à mon heure dernière ! Donc, prévôt, puis-je chanter encoreun couplet avant de vous tirer la langue ?
- S'il n'y a que ça pour te faire plaisir...
- Très bien ! Je chanterai, mais pour ma satisfaction complète, que tout le mondre reprenne en choeur le refrain.
- Chante donc, par la sandieu !
Chacun s'étant tu, Grospiron commença :

"A la Croix-Rousse dans un grand pré
Plus de mille ânes sont rassemblés,
Se bousculant, brailli-brayant
Hi ! Han ! Hi ! Han ! Hi ! Han ! Hi ! Han !"

- Pas mal, hein, ma chanson ? Maintenant, au deuxième couplet et que chacun reprenne en choeur : brailli-brayant, Hi ! Han ! Hi ! Han !

"Oyez, on va pendre Grospiron
Ensuite les ânes s'en iront,
Se disputant, brailli, brayant."

Le condamné leva un bras et tous, bourreau, bourrelle, pénitents, avec la foule, de chanter à la cadence indiquée par la main du condamné, battant la mesure :

"Brailli-brayant
Hi ! Han ! Hi ! Han ! Hi ! Han ! Hi ! Han !"

Et quand ce fut fini, le joyeux drille fit signe pour réclamer le silence :
- Mes bons amis... Grospiron meurt en joie ! s'écria-t-il. A sa dernière heure, il aura entendu braire plus de mille ânes à la fois !
Rendue soudain furieuse, la foule voulut l'écharper ; mais déjà, sous une tempête de malédiction, le mauvais garçon se balançait à vingt pieds du sol; tirant la langue aux mécontents.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://saint-remy.cultureforum.net
 
LYON - le condamné jovial
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» LYON : ville où je suis né........................
» Les world L5R 2010 à Lyon
» Tournoi AdG de Lyon
» A Lyon, le DG du Progres fait faire Jesus au DRH
» WWE à Lyon?

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Domaines de la Comtesse LedZeppelin :: Bibliothèque :: Livres :: Contes et Légendes du Lyonnais Dauphiné-
Sauter vers: